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TROIS FRAGMENTS (extraits suite)
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limites de son île; qu'il rêve de boire jusqu'à
la lie l'existence intérieure des choses abstraites, qu'il
doute par hypothèse du principe même des sens concrets;
qu'il anéantit les lois les plus savantes, les plus vastes,
les plus durables en les transportant dans les arcanes de son
cerveau (un rien de subjectif, se plaît-il souvent à
dire, est capable de réduire à zéro l'évidence),
qu'il fait son idole de son isolement lorsque ce dernier veut
bien s'élever jusqu'à la lumière, prestige
homélique d'un cri solaire. Je sais que dans notre monde,
une telle rareté peut devenir une séduction; n'escomptez
pourtant rien de lui dans ces parages.
Aussi lorsque nous disions que son instinct lui soufflait le désir
du développement de son espèce, impliquions-nous:
l'approfondissement de son cas, la culture de son spécimen,
un regard tourné vers l'intérieur de la tête,
sondant des abîmes d'autant plus importants qu'ils lui étaient
plus personnels, plus fondamentalement proches, abîmes d'autant
plus excitants que leur voisinage ne les rendait pas plus explicites,
abîmes paralysants car il leur arrivait de s'approcher à
ce point de notre héros, que le premier vertige passé
ils ne faisaient plus qu'un avec lui. Il était alors ensemble
l'abîme et la stupéfaction, l'auteur de son propre
trouble; en cet état il se devenait suspect à lui-même
et si son doute pouvait être considéré par
quelques amateurs de spiritualisme comme une forme du détachement
de soi, nous dirons qu'il lui arrivait de douter même de
son doute, de se détacher de son propre détachement,
d'être ébloui par sa propre lumière, et de
sombrer dans cette bizarre léthargie déjà
indiquée, pour avoir contemplé d'une façon
trop aiguë une chaleur dont l'éclat n'était
pas fait pour lui.
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Nous savons combien les ténèbres lui sont chères,
comment lors de son réveil quotidien il est toujours très
étonné de sentir qu'il aurait pu ne pas renaître,
et cette pensée suffit pour le plonger dans un état
qui pourrait nous faire dire qu'il allait et qu'il revenait perpétuellement
de l'abîme noir à l'abîme blanc.
Qui sait si notre personnage a défriché quelque
inconnu scientifique jus-qu'alors interdit, s'il fut doué
à sa naissance d'un pouvoir de miracle tel qu'en possèdent
les peintres et les musiciens de génie; s'il n'entretient
pas les sylvestres gnomes de l'archangélisme du verbe au-dessus
de la science, au-dessus du génie le nectar de sa pensée
se fait parfois chair et c'est ce breuvage qui l'a fait naître.
(...)
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