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JOURNAL SANS DATES
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Mes peintures: figuratives? non; abstraites? non plus. On peut
y retrouver des cristaux, des écorces, des rochers, des
algues; pourtant ces choses ne sont pas "représentées".
L'aspect de mes peintures possède simplement une analogie
avec ces matières végétales ou minérales.
L'analogie n'est pas figuration: si deux chats noirs se ressemblent,
leur ressemblance n'implique pas que l'un est l'image de l'autre.
Figuratives sont les images d'un monde qui existe ou d'un monde
qui pourrait être. Abstraites sont les images d'un monde
qui ne peut exister. Cette ressemblance de ma peinture avec certains
éléments de la nature n'est pas intentionnelle.
Cette analogie involontaire peut-elle s'appeler figuration Leur
sens importe peu: s'il change, l'analogie reste. Pour apprécier
les qualités abstraites d'une peinture figurative afin
d'oublier ce qu'elle représente, on la met à l'envers;
les miennes en tous sens ressemblent à la même chose.
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Attirer l’attention sur l’expression des associations
d’actes libres, sans choix ni exclusions volontaires. Une
mécanique d'association involontaire et inconsciente déclanche
l'enchaînement des actes, les conduit vers la fin de la
phrase graphique et mimée si elle, la mécanique,
atteint son maximum de tension".
Observations sur l'acte: je peins avec mes nerfs, mes dents, mes
griffes. Je voudrais mordre et détruire, je me crispe.
Des muscles (sont-ce des muscles?) dont je n'ai pas encore défini
le lieu se tendent jusqu'à devenir jouissance et douleur
ensemble.
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Considérer la surface à peindre comme une plaque
sensible aux variations des tensions mentales, plaque sensible
où ces tensions se fixent à l'instant de leur passage,
qui représentent lorsqu'elles sont remplies un graphique
d'enchainements d'instants psychiques. (...)
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Un tableau est un truc méta-automatiquement écrit.
Plus l'écriture est formée, plus elle est lente;
si elle est lente elle perd son automatisme, sa possibilité
de manifester la sensibilité du moment où elle veut
parler. Plus elle est rapide, plus le truc se perd et l'écriture
devient imprécise, d'où la nécessité
d'une maîtrise du "truc" permettant son écriture
rapide et une marche de pair de la pensée et de l'écriture.
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Des peintures, j'en ai détruites car elles étaient
trop belles. Je craignais d'être victime en les voyant d'une
aberration; cette aberration merveilleuse et troublante me semblait
trop grave, trop secrète pour être montrée
sans impudeur: ce qui nous touche de très près ne
peut devenir public sans profanation. Je pensais que personne
ne verrait dans ces choses que j'avais faites ce que j'y avais
trouvé; qu'on l'y vît, du reste, n'était pas
capital, que l'on comprît, qu'on imaginât n'était
pas ce qu'il me fallait. Il fallait qu'on fût pris du même
vertige, de la même inquiétude d'illusion et même
que l'on comprît qu'un regard indiqué était
peut-être coupable. Or comment savoir ce qui se passe dans
la tête d'un spectateur, lorsqu'il semble admirer et qu'il
paraît ému? A-t-il vraiment éprouvé
la même chose que moi? (...)
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