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METAPLASTIQUE
Il y a seulement un mois, si je partais par les champs en croyant
que l'air libre m'aiderait à combiner les pensées
des autres et les miennes, je revenais de ces chasses non la
tête pleine d'idées mais les poches débordantes
de pierres, de racines, de mâchefer. Rentré dans
ma chambre, je posais chacun de ces objets sur ma table comme
sur un autel. Maintenant si je me penche Sur les pierres ou
les mottes de terre, ce n'est plus pour m'en emparer: je les
regarde, mais les laisse telles qu'elles sont car les toucher,
les déplacer les altère. J'ai failli ramasser
hier une feuille morte collée sur un sillon mais il m'eut
fallu emporter dans ma chambre le sillon tout entier pour ne
pas déparer la feuille. C'était encore ce tronc
d'arbre qu'on ne pouvait isoler du sol et cette ornière
inséparable du chemin: chaque chose faisait trop corps
avec chaque autre. Aussi combien de chemins, de sillons, de
racines et de terres n'emmenai-je par mon souvenir pour les
déposer dans ma chambre. Cependant, arrivé chez
moi, il me manque souvent quelque chose et ce manque dépare
toute ma collection. Je cherche ce qui me manque et pourquoi
les choses se parent et se déparent subitement. Je cherche
ce que j'ai oublié dans un champ ou sur une route, et
je trouve qu'il me manque non un galet ni un arbre, mais la
circonstance de leur vision, le rythme de la marche, la distraction
surprise dans sa trouvaille, la tournure de la pensée,
l'état, l'instant. Alors je m'en retourne aux champs
chercher l'état que j'y ai oublié: il n'y est
pas toujours resté. Je le retrouve parfois ailleurs,
je ne le retrouve parfois nulle part. Les choses alors ne sont
plus rien: les pierres sont vides et les sillons sont morts;
ils sont incapables de reproduire la circonstance, la surprise.
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L'état, l'instant ne se trouvent plus en eux. Certains
ont mis des bruits dans des quatuors, d'autres du sable dans des
tableaux, des pierres dans des sculptures: ils ont signé
ces reuvres, ils ont signé les choses. Pour moi, ne devrais-je
pas mettre mon nom sur les montagnes, au creux des golfes, au
coin des champs? Ne devrais-je pas signer certains instants par
lesquels je passe, devant les choses?

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